Pour notre deuxième soirée au Festival d’été de Québec, nous sommes retournés sur les Plaines d’Abraham pour une soirée qui s’annonçait beaucoup plus douce que celle de la veille. Après l’énergie très musclée de Limp Bizkit, Cypress Hill et cleopatrick, la scène Bell proposait cette fois une programmation aux couleurs americana, country et indie folk avec The Barr Brothers, Wyatt Flores et The Lumineers.
En ce vendredi ensoleillé, l’ambiance était déjà bien agréable à l’heure de l’apéro. Pendant que nous demeurions principalement sur les Plaines, notre collègue Julie a tout de même fait un petit détour du côté de la place George-V pour prendre le pouls du spectacle de Cimafunk, où les percussions, les cuivres et les grooves cubains semblaient avoir de quoi faire bouger la foule. Mais pour ce deuxième retour en images, c’est surtout du côté de la scène Bell que nous avons posé notre regard.
The Barr Brothers – Scène Bell
C’est à The Barr Brothers qu’est revenue la tâche d’ouvrir cette deuxième soirée sur les plaines d’Abraham. Et dès les premières pièces, le groupe montréalais a installé une ambiance profondément assumée, faite de nuances, d’élans planants et d’instrumentations délicatement atypiques.
Avec leur indie folk aux accents appalachiens, leurs guitares enracinées dans une certaine tradition folk et cette façon bien à eux de faire respirer les chansons, The Barr Brothers ont offert une prestation aérienne, parfaite pour accompagner cette fin de journée lumineuse. Rien n’était forcé, rien ne cherchait à impressionner à tout prix. Le groupe a plutôt choisi d’inviter doucement les festivaliers dans son univers.
Il faut aussi souligner l’apport de la harpiste québécoise Éveline Grégoire-Rousseau, dont la présence ajoute une couleur toute particulière à la formation. Sur une grande scène comme celle des Plaines, la harpe aurait pu sembler fragile ou presque perdue dans l’immensité du site. Au contraire, elle venait donner aux pièces une texture singulière, parfois presque méditative.
Les percussions ont aussi retenu notre attention, notamment dans ces moments où le jeu de batterie évoquait par instants quelque chose de plus cérémoniel, rappelant certaines pulsations de tambours traditionnels autochtones. Cette dimension rythmique, jumelée aux guitares et aux harmonies vocales, donnait beaucoup de profondeur à la prestation.
Le dernier morceau du groupe aura été particulièrement marquant. Entre la harpe, les guitares, les voix et les percussions corporelles — pieds et mains inclus — The Barr Brothers ont terminé leur passage dans une forme de méditation musicale qui semblait flotter au-dessus des territoires, des forêts et des grands espaces qu’évoque si bien leur musique.
Un très beau moment d’ouverture, tout en finesse.
Wyatt Flores – Scène Bell
Le ton a changé avec l’arrivée de Wyatt Flores, qui proposait une approche beaucoup plus country-folk. Dans le cadre d’une soirée dominée par l’indie folk et l’americana, sa présence pouvait sembler légèrement décalée au départ, mais le jeune chanteur de l’Oklahoma a rapidement trouvé sa place devant un public déjà beaucoup plus nombreux.
Avec son timbre clair, accrocheur et facile à aimer, Wyatt Flores possède déjà une belle assurance sur scène. Ce n’est visiblement pas son premier rodéo, et il sait comment occuper l’espace sans en faire trop. Le décor, notamment ce fameux camion installé sur scène, contribuait aussi à bien camper son univers. Autour de lui, les musiciens formaient un ensemble solide, avec une belle chimie et une présence scénique assez naturelle. Le violon, en particulier, ajoutait une chaleur bienvenue aux chansons et venait donner un peu plus de relief à une proposition qui demeure très ancrée dans le country-folk.
Même si ce n’est pas nécessairement le genre de musique qui nous rejoint le plus spontanément, il faut reconnaître que la foule semblait très réceptive. Flores a aussi pris le temps de souligner l’importance du moment qu’il vivait sur les Plaines, laissant entendre qu’il se trouvait devant l’une des plus grandes foules de sa carrière. Cette émotion était palpable et ajoutait une certaine sincérité à la prestation. L’artiste a laissé l’impression d’un chanteur charmant, bien entouré et visiblement heureux d’être là. Et pour les nostalgiques, quelques notes de Hotel California sont venues conclure le tout avec un clin d’œil efficace.
Une entrée en matière agréable avant le plat principal de la soirée.
The Lumineers – Scène Bell
Évidemment, c’est The Lumineers que plusieurs festivaliers attendaient avec impatience. Et dès les premières minutes du spectacle, le groupe a montré qu’il avait parfaitement compris comment transformer l’immense scène Bell en un espace plus intime.
La configuration scénique y était pour beaucoup. Comparativement à la veille, une longue passerelle avait été installée afin de permettre aux musiciens de s’avancer au centre du public. Dès le début du concert, les membres du groupe se sont dirigés vers cette portion de la scène, invitant la foule à taper des mains, à fredonner et à entrer doucement dans cette grande soirée folk.
Ce rapport de proximité aura d’ailleurs été l’un des grands fils conducteurs du spectacle. The Lumineers ne cherchent pas à imposer leur présence avec de grands effets spectaculaires. Le groupe travaille plutôt dans la chaleur, la vulnérabilité et la communion. Sur les Plaines, cette approche a fonctionné à merveille. Le son était impeccable. Les harmonies vocales ressortaient clairement, le piano droit amenait cette couleur familière propre au groupe, et la grosse caisse, si caractéristique de leur univers, venait ramener plusieurs chansons à quelque chose de très humain et direct. Même sur une scène gigantesque, The Lumineers donnaient l’impression de jouer pour des gens rassemblés autour d’eux plutôt que devant une masse anonyme.
Wesley Schultz s’est montré particulièrement généreux avec le public. Entre les chansons, il a pris le temps de raconter, de remercier, de partager quelques réflexions plus personnelles. L’un des moments les plus touchants est venu lorsqu’il a parlé d’humilité, de nos imperfections et de ces failles que l’on transporte tous, avant de lever son verre aux êtres imparfaits que nous sommes. Un moment simple, mais qui cadrait parfaitement avec l’esprit du spectacle.
Les téléphones se sont ensuite allumés dans la foule, remplaçant les briquets d’une autre époque et transformant les Plaines en mer de petites lumières. Sur les ballades, cette image avait quelque chose de particulièrement beau. On sentait les gens attentifs, présents, souvent en famille ou entre amis, dans une ambiance beaucoup plus douce que celle de la soirée d’ouverture.
Le groupe a aussi su créer de véritables moments de rassemblement autour de ses grands succès. Les refrains de Ho Hey, Ophelia, Cleopatra ou Stubborn Love ont été accueillis comme des retrouvailles par un public qui connaissait manifestement très bien le répertoire. Et lorsque Wesley Schultz est allé marcher dans la foule tout en chantant, cette impression de proximité est devenue encore plus concrète pour les festivaliers placés près de lui.
Les éclairages aux couleurs chaudes, les projections discrètes et la pluie de confettis ont complété l’ensemble sans jamais détourner l’attention de l’essentiel : les chansons. The Lumineers ont livré un spectacle généreux, sensible et rassembleur, capable de toucher les gens sans forcer l’émotion.
Plus d’une fois durant la soirée, on a senti que les artistes mesuraient l’ampleur du moment. Pour Wyatt Flores comme pour The Lumineers, cette foule immense semblait représenter quelque chose de très fort. Et cette reconnaissance, loin de sonner comme une formule de politesse, a donné à la soirée une émotion supplémentaire.
Après une première journée placée sous le signe du gros party, le FEQ nous offrait donc un deuxième soir beaucoup plus lumineux, chaleureux et humain. Une soirée où les chansons ont voyagé doucement sur les Plaines, portées par une foule attentive et par des artistes visiblement touchés d’être là.
Photos par François Valenti
caissedeson.com Un site sur la bonne musique














































































