Pierre Lapointe, Paul Piché, Lysandre, Avril Jensen, Grand Eugène, HAWA B et NNAO au FEQ – Retour en images

 

C’est ce dimanche que se terminait notre grand marathon musical au Festival d’été de Québec. Après dix jours à circuler d’une scène à l’autre, à photographier des artistes, à prendre le pouls des foules et à découvrir toutes sortes de propositions musicales, nous avons profité de cette dernière soirée pour butiner encore une fois entre Place George-V et le Carré D’Youville.

Le choix de spectacles était vaste et varié pour cette conclusion de festival. Nous avons d’abord pris la direction de Place George-V, où trois artistes se partageaient le début de soirée sur la Scène SiriusXM, avant de faire un détour par la Scène Crave pour Avril Jensen. De retour à Place George-V, nous avons ensuite assisté à la fin de la prestation de Lysandre, avant de vivre deux moments très rassembleurs avec Paul Piché, puis Pierre Lapointe accompagné de l’Orchestre symphonique de Québec.

 

NNAO – Scène SiriusXM

La soirée a commencé doucement avec NNAO, le projet de Naomie de Lorimier. Sa pop vaporeuse, atmosphérique et onirique installait une ambiance flottante, parfaite pour ouvrir cette dernière journée sous un ciel qui commençait à se dégager.

La proposition misait beaucoup sur les textures électro, les ambiances et une certaine distance rêveuse. C’était aérien, parfois très contemplatif, avec une approche davantage tournée vers l’atmosphère que vers l’impact immédiat.

On peut toutefois se questionner sur cette tendance de plus en plus présente où certains artistes semblent davantage performer pour la caméra que pour les quelques personnes devant eux. Bien sûr, l’image est relayée sur grand écran, mais sur une scène plus intime, avec une foule encore clairsemée, cette approche crée parfois une curieuse impression de distance.

La prestation de NNAO n’était pas sans intérêt, mais elle nous a moins rejoints. Le soleil, revenu en pleine séance électro, a tout de même ajouté un peu de chaleur au moment.

 

HAWA B – Scène SiriusXM

La suite s’est révélée plus physique avec HAWA B, qui a rapidement imposé une présence beaucoup plus marquée. Sur scène, l’artiste montréalaise danse, bouge, provoque un peu et cherche clairement à habiter l’espace.

Musicalement, la proposition brouillait les pistes entre rock, R&B, jazz et électro, dans une formule encore un peu chaotique par moments, mais beaucoup plus vivante. HAWA B a du charisme et une énergie de performeuse qui savent attirer le regard, même quand tout ne semble pas encore complètement maîtrisé.

On a aussi retenu quelques clins d’œil amusants, notamment l’apport du drum, la flûte traversière et ce moment un peu absurde où elle s’est mise à manger un cornichon sur scène. Était-ce parfaitement nécessaire? Peut-être pas. Mais c’était visuellement marquant, légèrement étrange, et ça donnait assurément de bonnes photos.

Une proposition à parfaire, mais qui possède déjà une vraie personnalité.

 

Grand Eugène – Scène SiriusXM

C’est ensuite Grand Eugène qui a pris le relais avec une proposition plus accessible et plus légère. Le duo formé de Melyssa Lemieux et Jeremy Lachance offre une pop indie sincère, douce, parfois plus incisive, mais toujours assez facile d’approche.

Dans le contexte de cette dernière soirée, leur passage servait un peu de transition entre les propositions plus expérimentales du début de soirée et les grands rassemblements qui allaient suivre. L’ensemble était sympathique, sans nécessairement laisser une impression très durable.

La dernière pièce, Danser, a toutefois apporté un bel élan au spectacle. On y sentait une proposition un peu plus forte, plus incarnée, qui donnait envie d’entendre le duo pousser davantage dans cette direction.

 

Avril Jensen – Scène Crave

Nous avons ensuite quitté brièvement Place George-V pour aller voir le début de la prestation d’Avril Jensen au Carré D’Youville. Et même sur une portion assez courte, l’artiste nous a fait forte impression.

Accompagnée d’un groupe très solide, Avril Jensen a livré une prestation convaincante, portée par une belle qualité musicale et une couleur sonore qui mérite clairement d’être entendue par davantage de gens. Il y avait là une sensibilité, une assurance et une maturité qui dépassaient largement le simple rôle de découverte de début de soirée.

Nous aurions volontiers prolongé le moment, mais l’horaire serré de cette dernière journée nous obligeait déjà à repartir vers Place George-V. Reste que cette courte halte a suffi pour confirmer qu’Avril Jensen aurait très bien pu défendre sa musique devant une plus grande scène et une foule plus nombreuse.

 

Lysandre – Scène Loto-Québec

De retour à Place George-V, nous avons pu entendre la fin de la prestation de Lysandre sur la Scène Loto-Québec. Même si nous n’avons pas vu l’ensemble du spectacle, ce que nous avons capté nous a semblé solide musicalement.

La foule, qui commençait à devenir de plus en plus nombreuse en prévision de Paul Piché, semblait aussi bien répondre à la proposition de l’artiste montréalaise. Avec son univers raffiné, ses arrangements travaillés et cette manière de faire cohabiter pop, piano, cordes et textures plus intérieures, Lysandre s’inscrivait très bien dans cette fin d’après-midi de découvertes québécoises.

Un passage trop bref pour en faire une analyse détaillée, mais assez convaincant pour donner envie de la revoir dans de meilleures conditions.

 

Paul Piché – Scène SiriusXM

Puis est arrivé Paul Piché, et Place George-V a littéralement changé de dimension. Pour la première fois de cette édition du Festival d’été de Québec, le site a été déclaré complet. Il y avait du monde partout : devant la scène, dans les zones de circulation et jusque dans l’espace arrière où plusieurs festivaliers suivaient le spectacle sur écran géant.

Il y avait quelque chose d’assez fascinant dans cette image. Après dix jours où Place George-V avait accueilli toutes sortes d’artistes internationaux et de propositions très différentes, c’est Paul Piché qui a réussi à rassembler la plus grande foule du site. Une véritable marée de nostalgiques, mais aussi de curieux et de plus jeunes spectateurs venus entendre des chansons qui font partie du patrimoine musical québécois.

Accompagné de musiciens d’expérience, dont Mario Légaré et Rick Haworth, Paul Piché a livré un spectacle rempli de classiques. Dès J’appelle, Y’a pas grand chose, Un château de sable, Car je t’aime, Essaye donc pas, Sur ma peau, L’escalier et L’heureux d’un printemps, le public chantait fort, souvent avec une émotion évidente.

Ce genre de spectacle repose bien sûr sur la mémoire collective. Les chansons de Paul Piché appartiennent à plusieurs générations à la fois, et on le sentait dans la foule. Il y avait des gens qui les avaient connues à leur sortie, d’autres qui les avaient découvertes par leurs parents, et tous semblaient se retrouver dans ces refrains qui n’ont pas vraiment quitté l’imaginaire québécois.

Le chanteur semblait lui-même très ému par l’accueil. On lui a d’ailleurs remis le Prix Miroir de la Renommée pour souligner sa dixième présence au Festival d’été de Québec, un moment qui ajoutait encore à la portée symbolique de la soirée.

Avec Celui, Voilà c’que nous voulons et Mon Joe, Paul Piché a conclu un spectacle simple, rassembleur et profondément efficace. Pas besoin de grand déploiement : les chansons faisaient tout le travail, portées par une foule qui connaissait chaque détour.

 

Pierre Lapointe symphonique avec l’OSQ – Scène Loto-Québec

Notre festival s’est finalement terminé avec Pierre Lapointe, accompagné de l’Orchestre symphonique de Québec, pour un concert symphonique qui venait clore cette édition du FEQ avec douceur, élégance et beaucoup d’émotion.

Présenté comme un voyage dans deux pans importants de son répertoire, le spectacle permettait à Pierre Lapointe de revisiter des chansons de Dix chansons démodées pour ceux qui ont le cœur abîmé et de La forêt des mal-aimés dans des arrangements orchestraux amples et enveloppants.

La première partie du concert a permis d’entendre des pièces comme Toutes tes idoles, Hymne pour ceux qui ne s’excusent pas, Comme les pigeons d’argile, Dans nos veines et Madame bonsoir. Dans ce contexte symphonique, les chansons prenaient une dimension très cinématographique, presque théâtrale, comme si chaque arrangement ouvrait un décor intérieur.

La suite, consacrée à l’univers de La forêt des mal-aimés, a ramené plusieurs morceaux parmi les plus marquants de son répertoire, dont La forêt des mal-aimés, Le lion imberbe, Qu’en est-il de la chance?, L’endomètre rebelle, Nous n’irons pas et 27-100 rue des partances.

C’était beau, doux, précis et profondément habité. Pierre Lapointe possède cette capacité de rendre la mélancolie lumineuse, de faire de la chanson triste quelque chose de rassembleur, presque réconfortant. Avec l’OSQ derrière lui, cette sensibilité prenait une ampleur particulière à Place George-V.

Le rappel avec Deux par deux rassemblés, présenté ici dans une version plus festive, a conclu la soirée sur une note à la fois élégante et libératrice. Après plusieurs jours de rock, de rap, de métal, de folk, d’électro, de punk et de pop, cette finale symphonique avait quelque chose de parfaitement naturel. Comme si le festival se refermait en douceur, mais avec toute la grandeur nécessaire.

Pour nous, cette soirée venait aussi mettre un point final à un marathon de onze jours de couverture. Onze jours de photos, de découvertes, de coups de cœur, de foules immenses, de détours imprévus et de moments parfois très forts. Avec Paul Piché devant une Place George-V pleine à craquer et Pierre Lapointe accompagné de l’Orchestre symphonique de Québec, le Festival d’été de Québec s’est terminé sur une note profondément québécoise, rassembleuse et émouvante.

Une belle façon de fermer les livres de cette édition 2026.

 

Photos par François Valenti