Pour notre sixième soirée au Festival d’été de Québec, nous avons encore une fois commencé la soirée en nous promenant sur différentes scènes avant de revenir vers les plaines d’Abraham, où se déroulait l’un des rendez-vous les plus attendus de cette édition 2026 : la carte blanche de Patrick Watson, précédée des prestations de Bertrand Belin et de Klô Pelgag.
Disons-le simplement : nos premiers détours de la soirée nous ont laissés plutôt indifférents. Certaines propositions vues ailleurs sur les sites du festival ne nous ont pas particulièrement marqués, et c’est véritablement du côté de la Scène Bell que notre sixième journée a pris toute sa valeur. Dans une soirée placée sous le signe de la chanson, de la poésie et de la sensibilité, les Plaines ont offert un contraste complet avec l’énergie rap de la veille. Cette fois, le public n’était pas là pour faire trembler le sol, mais pour écouter, se laisser porter et, souvent, se taire devant la beauté.
Bertrand Belin – Scène Bell
C’est Bertrand Belin qui a ouvert la soirée sur les Plaines. L’auteur-compositeur-interprète français est arrivé accompagné de bons musiciens, avec une proposition élégante, posée, quelque part entre chanson, rock discret et poésie parlée.
Le spectacle était tout à fait correct, sans véritable faux pas, mais il nous a tout de même laissés un peu à distance. Les pièces comme Pluie de data, Sur mon 31, Que dalle tout, L’inconnu en personne, Tambour ou La béatitude défilaient avec un certain raffinement, portées par une formation solide et un ton très maîtrisé.
Il faut reconnaître à Bertrand Belin une présence singulière et une manière bien à lui d’habiter les mots. Cela dit, dans le contexte d’une immense scène comme celle des Plaines, la proposition nous a semblé un peu trop retenue pour véritablement s’imposer. Un moment honnête, bien joué, mais qui ne restera probablement pas parmi nos souvenirs les plus forts de cette édition.
Klô Pelgag – Scène Bell
La soirée a clairement gagné en couleur avec l’arrivée de Klô Pelgag. Entourée de très bons musiciens, l’artiste québécoise a offert une prestation à son image : douce et folle à la fois, précise et éclatée, accessible sans jamais devenir prévisible.
Avec son costume, son énergie et cette manière unique de déplacer les meubles dans son propre univers, Klô Pelgag a rapidement transformé la grande scène des Plaines en espace beaucoup plus intime. On avait parfois l’impression d’être conviés autour d’une table de cuisine, quelque part entre confidence, théâtre, fantaisie et expérimentation musicale.
Son spectacle avait quelque chose de profondément vivant. Les arrangements mettaient tour à tour en valeur les musiciens, les voix, les ruptures de ton et cette poésie un peu décalée qui fait sa signature. Des pièces comme Le sang des fruits rouges, Pythagore, Libre, Lettre à une jeune poète, Mélamine, Comme des rames et Les puits de lumière permettaient de traverser plusieurs facettes de son répertoire.
L’un des beaux moments de la prestation est survenu lorsque Klô Pelgag est descendue dans la foule, juchée sur les épaules d’un agent de sécurité, pour aller chanter au milieu du public. Sa fille a aussi fait une apparition sur scène comme camérawoman le temps d’un moment aussi touchant que typiquement klôpelgagesque. Rien ne semblait forcé : tout s’inscrivait dans ce monde à la fois ludique, étrange et profondément humain qu’elle sait construire autour d’elle.
Klô Pelgag nous a décoiffés et enchantés. Son spectacle a rappelé à quel point elle demeure l’une des artistes les plus originales, audacieuses et attachantes de la scène québécoise actuelle. Une première partie de très grande qualité, qui aurait très bien pu tenir seule une soirée complète.
Patrick Watson – Scène Bell
Puis est arrivé Patrick Watson, pour une carte blanche pensée spécialement pour les Plaines d’Abraham. Et très rapidement, on a compris que nous étions devant l’un des grands moments de cette édition du Festival d’été de Québec.
Le spectacle s’est ouvert dans la délicatesse avec Gordon in the Willows, avant de se déployer graduellement dans un univers de plus en plus ample, enveloppant et visuellement somptueux. Patrick Watson a cette capacité rare de faire paraître une immense scène comme un endroit fragile, presque secret. Devant une foule nombreuse, il réussissait pourtant à créer une impression d’intimité absolue.
C’était beau musicalement, mais aussi très fort visuellement. Les éclairages, les projections, les ombres, les musiciens et les invités formaient une succession de tableaux d’une grande finesse. Rien ne semblait appuyé inutilement. Chaque élément servait cette impression d’être doucement guidé vers un monde intérieur rempli de beauté, de mélancolie et de lumière.
Le public des Plaines a répondu avec une attention remarquable. C’est toujours impressionnant de voir des milliers de personnes réunies sur ce site immense entrer dans une forme de silence collectif. Mardi soir, cette écoute faisait partie du spectacle. On sentait une véritable communion entre Patrick Watson, ses musiciens, ses invités et la foule.
Les moments forts ont été nombreux. House on Fire, Ode to Vivianne, Melody Noir, Silencio, Lost With You, Je te laisserai des mots, Ami imaginaire, I Lost My Baby et The Great Escape ont permis de traverser différentes nuances de son univers, entre douceur, grandeur orchestrale, fragilité et élans plus lumineux.
Plusieurs invités sont venus ajouter leur voix et leur présence à cette carte blanche. La Force, Martha Wainwright, Hohnen Ford, Klô Pelgag et Les Louanges ont chacun apporté une couleur particulière à la soirée, sans jamais donner l’impression d’un simple défilé d’apparitions. Tout semblait soigneusement intégré à l’ensemble, comme si chaque présence venait ouvrir une nouvelle pièce dans la grande maison musicale de Patrick Watson.
Le passage de Klô Pelgag sur Ami imaginaire, le clin d’œil à Jean Leloup avec I Lost My Baby, les moments plus dépouillés au piano et les grandes envolées de fin de spectacle ont donné à la soirée une profondeur rarement atteinte sur les Plaines. Même la pluie de confettis, vers la fin, avait quelque chose de doux plutôt que spectaculaire, comme une dernière image suspendue dans l’air.
Patrick Watson nous a pris par la main, doucement, pour nous mener vers un univers musical grandiose et profondément touchant. Des dialogues élégants, des sonorités envoûtantes, des voix magnifiques, beaucoup de talent, mais surtout beaucoup de cœur.
À nos yeux, il s’agit pour l’instant du plus beau spectacle de cette édition 2026 du Festival d’été de Québec. Un moment puissant, émouvant, d’une rare beauté. Le genre de concert qui rappelle pourquoi certains artistes n’ont pas besoin de hausser le ton pour remplir les Plaines : il leur suffit de créer un espace assez fort pour que tout le monde ait envie d’y entrer.
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