Jungle à la Place Bell : le groove à son sommet

Il m’est difficile d’aborder un spectacle de Jungle comme si je découvrais le groupe pour la première fois. Fan depuis ses débuts, je ne compte plus le nombre de fois où j’ai eu l’occasion de le voir sur scène. Je n’ai raté aucun de ses passages au Québec depuis sa naissance et je suis même allé le voir outre-mer. J’ai donc assisté aux tournées de chacun de ses albums et, avec les années, une chose devient de plus en plus évidente : Jungle ne cesse de prendre du galon.

Le groupe était déjà très bon à ses débuts. Aujourd’hui, il est devenu une redoutable machine de scène.

Dimanche soir, à la Place Bell de Laval, cette évolution était particulièrement frappante. Tout semblait avoir été réfléchi, peaufiné et maîtrisé jusque dans les moindres détails. La production était impeccable, la mise en scène soignée et, surtout, la sonorisation était d’une précision remarquable. Dans une musique où les harmonies vocales, les arrangements et une multitude de petits éléments viennent constamment enrichir les chansons, cette clarté sonore fait toute la différence.

On entendait tout. Chaque voix trouvait sa place, chaque instrument respirait et les nombreuses subtilités qui donnent à la musique de Jungle sa personnalité ressortaient avec une limpidité rarement atteinte dans une salle de cette taille.

 

Un groupe qui continue d’évoluer

Ce qui impressionne également avec Jungle, c’est cette capacité à faire évoluer son spectacle sans perdre ce qui constituait déjà sa force.

Sur scène, rien ne semble laissé au hasard. Les musiciens occupent constamment l’espace et se déplacent selon les chansons, changeant parfois de position ou d’instrument sans jamais donner l’impression d’exécuter une chorégraphie trop calculée. Les mouvements sont fluides et permettent à la scène de demeurer vivante en permanence.

Il n’y a pratiquement aucun temps mort. Les éclairages participent également énormément à l’expérience. Tantôt chauds, tantôt plus feutrés, ils accompagnent parfaitement cette musique qui navigue entre soul, funk, pop et électro. Tout contribue à créer l’univers de Jungle plutôt que de simplement accompagner les chansons.

Et malgré toute cette précision technique, le spectacle ne devient jamais froid. Bien au contraire.Parce qu’au centre de tout ça demeure ce qui représente peut-être le mieux Jungle : le plaisir.

 

Une formidable dose de bonheur

La musique de Jungle possède quelque chose de fondamentalement rassembleur. Elle respire la joie, le groove et une certaine légèreté qui donne presque instantanément envie de bouger.

Dimanche, il suffisait d’observer les gens autour de soi pour le constater.

La Place Bell était bien remplie et le public s’est rapidement laissé emporter. Dans les gradins comme sur le parterre, les corps bougeaient, les refrains étaient repris et les sourires étaient nombreux. Cette énergie positive se transmet presque naturellement avec Jungle.

Le groupe semble d’ailleurs avoir développé, au fil de ses nombreux passages dans la région, une véritable relation avec le public montréalais. À un moment de la soirée, les musiciens ont eux-mêmes souligné qu’un concert présenté un dimanche soir pouvait parfois représenter un pari, mais qu’ils savaient qu’il existait ici quelque chose de particulier entre eux et leur public.

La réponse de la foule leur a rapidement donné raison.

Cette complicité est probablement aussi l’une des raisons pour lesquelles le groupe peut se permettre de présenter un spectacle aussi généreux.

 

27 chansons et presque aucun répit

Avec pas moins de 27 chansons, la soirée offrait un magnifique survol de la discographie du groupe. Et pour quelqu’un qui suit Jungle depuis ses débuts, difficile de demander beaucoup mieux.

Le spectacle s’est amorcé avec Smile, avant d’enchaîner rapidement The Heat, Heavy, California et Beat 54 (All Good Now). Plusieurs époques de la discographie allaient ensuite se croiser au fil de la soirée, avec notamment Problemz, The Wave, Keep Me Satisfied, I’ve Been in Love, Candle Flame, Dominoes et Where Are You Now?.

Le dernier droit était particulièrement efficace. Casio, suivie de l’incontournable Back on 74, puis Drops, What D’You Know About Me?, Time, Coming Back, Don’t Play, All of the Time et Good Times formaient une succession presque implacable de chansons capables de maintenir la foule en mouvement.

Le groupe est finalement revenu pour deux pièces parfaitement choisies en rappel : Keep Moving et Busy Earnin’.

Une façon idéale de boucler la boucle en allant chercher à la fois le répertoire plus récent et l’un des morceaux qui ont contribué à faire connaître Jungle dès ses premières années.

 

RIO KOSTA : le choix tout indiqué

Avant l’arrivée de Jungle, RIO KOSTA avait eu la tâche d’ouvrir la soirée.

Et difficile d’imaginer une première partie beaucoup mieux assortie.

Le duo formé de Mike Del Rio et Kosta Galanopoulos évolue justement dans un univers où se rencontrent soul, funk, psychédélisme et grooves chaleureux. Dès les premières chansons, on comprenait pourquoi il avait été choisi pour accompagner Jungle sur cette tournée.

Leur prestation était tout en douceur, mais jamais sans rythme. Il y avait quelque chose de décontracté, de chaleureux et de très naturel dans leur façon d’occuper la scène. Les musiciens semblaient sincèrement heureux d’être là et cette énergie se communiquait facilement au public.

Sans chercher à voler la vedette à la tête d’affiche, RIO KOSTA a parfaitement rempli son rôle : installer le groove et préparer le terrain pour ce qui allait suivre.

Une excellente mise en bouche.

 

 

Difficile de trouver la faille

Quand on voit régulièrement un même groupe en spectacle, on pourrait croire que l’effet de surprise finit éventuellement par disparaître.

Avec Jungle, c’est presque l’inverse.

Chaque nouvelle tournée permet de constater jusqu’où le groupe a poussé son spectacle depuis la précédente. Les chansons sont toujours là, évidemment, mais l’expérience autour d’elles devient constamment plus précise, plus imposante et plus maîtrisée.

Dimanche soir, il fallait vraiment chercher pour trouver quelque chose à reprocher à la soirée.

Le son était superbe. Les éclairages étaient magnifiques. La mise en scène était intelligente. Le choix des chansons était généreux. Les musiciens étaient impeccables et le public complètement investi.

Mais surtout, pendant près de deux heures, cette fameuse joie qui caractérise si bien la musique de Jungle semblait s’être propagée à toute la Place Bell.

On ne demandait rien de plus.

On frôlait tout simplement la perfection.